"9/11 | Coming Together" 20th Anniversary Special

Le Messie

Propos de Mack Wilberg sur le nouvel enregistrement du Messie

Mack Wilberg

Le Tabernacle Choir entretient des liens avec Le Messie depuis de nombreuses années. En effet, en 1910, son premier enregistrement, ici dans le Tabernacle, comportait le célèbre chœur « Hallelujah », et en 1927, il enregistra « Worthy Is the Lamb That Was Slain ». À la fin des années 1950, le Chœur enregistra Le Messie accompagné par l'orchestre de Philadelphie. Cet enregistrement remporta non seulement un disque d'or mais fut également ajouté au registre national des enregistrements de la « Library of Congress » (Bibliothèque du Congrès). Dans les années 1970, le Chœur enregistra un grand nombre de chœurs du Messie, et dans les années 1990, il fit un autre enregistrement de l'oratorio complet. Il y a donc une longue histoire avec cette œuvre grandement appréciée.

Ces dernières années, de nouveaux renseignements sur la période baroque ont émergé. Si nous voulions faire un nouvel enregistrement du Messie, il fallait qu'il reflète ce que nous comprenons mieux maintenant de l'interprétation baroque, que ce soit l'articulation, le phrasé, la dynamique, le tempo ou les nombreuses autres facettes de ce sujet intéressant.

Nous avons pris conscience que nous devions créer quelque chose de spécial et d'unique. La question a alors été celle-ci : Comment y parvenir ? Après tout, nous sommes un chœur de trois cent soixante voix et un orchestre symphonique de grande dimension.

La plus grosse difficulté a été de savoir comment utiliser l'Orchestre pour soutenir un chœur immense tout en conservant l'esthétique baroque. Ajouter simplement plus de cordes à l'instrumentation originale de Haendel ne semblait pas être complètement satisfaisant, ni résoudre cette gageure.

Nous savons qu'au cours de sa vie Haendel a apporté des modifications au Messie. Si bien que nous n'en avons aucune version définitive. En fait, on peut dire qu'il y a plusieurs façons d'aborder Le Messie et de l'interpréter.

En 1789, Mozart, l'un de nos plus grands compositeurs, fit un arrangement du Messie, ajoutant des bois et des cuivres à l'instrumentation originale de Haendel. Nous savons bien sûr que dans certaines de ses œuvres les plus reconnaissables, qu'il s'agisse de Water Music ou de Music for the Royal Fireworks, Haendel a utilisé de nombreux bois et cuivres pour créer des effets très spectaculaires. Il a également étendu les orchestrations de plusieurs de ses opéras et oratorios avec des instruments à vent et des cuivres quand il en avait la possibilité et les moyens financiers. On pourrait donc dire que la démarche de Mozart était justifiée quand il ajouta des instruments afin de créer une version pour son époque.

Tout au long du XIXe siècle, d'autres compositeurs essayèrent d'adapter l'orchestration de Haendel pour soutenir les représentations gigantesques du Messie qui étaient populaires en Angleterre à cette époque. L'une de ces versions les plus réussies fut faite en 1902 par le théoricien et compositeur britannique Ebenezer Prout. Prout a tout simplement repris la version de Mozart et l'a soit complétée soit modifiée pour la rapprocher de ce qu'il a appelé « l'intention originale de Haendel », tout en créant une version pour un plus grand nombre d'interprètes.

En étudiant les versions de Mozart et de Prout du Messie, je suis arrivé à la conclusion qu'aucune ne correspondait totalement à ce que nous voulions accomplir avec cet enregistrement-ci. J'ai donc pris, non sans une certaine appréhension, la décision de faire un enregistrement du Messie basé sur les versions de Mozart et de Prout tout en adhérant plus étroitement à notre compréhension actuelle de l'interprétation baroque.

Tout en y travaillant, j'ai gardé cette question à l'esprit : « Qu'est-ce que Haendel aurait fait s'il avait eu des ensembles aussi grands que le Tabernacle Choir et l'Orchestra at Temple Square ? » Cela exigeait que j'examine chaque note des parties vocales et instrumentales et que je décide ce qui conviendrait pour un chœur de trois cent soixante voix et un grand orchestre et qui refléterait tout à la fois notre connaissance actuelle de l'interprétation baroque.

Je me demandais comment préserver les aspects les plus complexes de musique de chambre des chœurs alors qu'ils étaient chantés par trois cent soixante voix et les mettre en contraste avec les grandes déclarations inoubliables d'expressions comme « Wonderful, counselor », « By man came also the resurrection of the dead », « Worthy is the Lamb that was slain » ou, la plus célèbre de toute, cet unique mot : « Hallelujah ».

Des chœurs plus petits peuvent chanter ces passages délicats, difficiles et souvent rapides avec un aplomb formidable, et y parviennent. Pourtant, il semblait qu'avec beaucoup de discipline et de travail, notre grand Chœur pourrait faire la même chose, tout en profitant de sa taille pour créer une gamme de couleurs et de dynamiques encore plus large.

L'orchestre semblait être un partenaire clé pour créer ces effets. Je dois dire qu'en étudiant chaque note du Messie, je suis arrivé à une appréciation encore plus grande de l'œuvre et du génie de Georg Friedrich Haendel.

Nous avons travaillé assidûment pour essayer de capter l'esthétique baroque, ce qui n'est pas facile à faire avec trois cent soixante voix réparties dans une grande tribune. En fait, la dernière rangée de la tribune du Chœur est à plus de quarante mètres du chef d'orchestre et de l'Orchestre. Nous aimons beaucoup notre demeure ici dans le Tabernacle mais y interpréter de la musique polyphonique engendre plusieurs problèmes. Le plus grand étant bien sûr que le Chœur soit rythmiquement ensemble et, bien évidemment, avec l'Orchestre. L'acoustique célèbre mais difficile du Tabernacle n'a pas rendu cette tâche facile.

Nous avons enregistré Le Messie sur une période de plusieurs semaines, toujours le soir parce que les membres du Chœur et de l'Orchestre étant bénévoles, ils ont différentes responsabilités dont ils doivent s'acquitter pendant la journée.

Faire un enregistrement est un travail difficile. Cela exige de la patience. Cela exige de l'endurance. Cela exige de l'énergie que vous pensez parfois ne pas avoir.

Une session d'enregistrement en particulier restera, pour moi, un grand moment. C'est le soir où nous avons enregistré le chœur final du Messie, « Worthy is the Lamb that was slain », qui se termine bien sûr par le glorieux chœur « Amen ». Je dirais qu'il y avait quelque chose de magique pendant cette soirée. Tout le monde était particulièrement uni. Tout le monde ressentait un merveilleux Esprit pendant que nous enregistrions ce chœur final. Cette soirée restera pour moi l'une des expériences les plus mémorables de ma carrière.